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 — December 31, 200531 décembre 2005
 

par Joy et Édouard Bédard
Publié dans Œcuménisme, Décembre 2005.

Joy et Édouard Bédard résident maintenant à Pointe-Claire, QC. Joy a obtenu une maîtrise et Édouard un doctorat de l’Université de Toronto. Édouard pratique la psychothérapie alors que Joy enseigne la musique. Ils vivent leur vie à plein entourés de leurs proches et de leurs amis.

This document is also available in English: Our Shared Journey.

Nous faisons partie de l’histoire de Dieu, comme vous faites partie d’une histoire qui se déroule au jour le jour. Nous avons le privilège de partager les moments significatifs de l’espoir et de la douleur d’être un foyer interconfessionnel. Un foyer interconfessionnel est celui où deux époux croyants sont unis au-delà des frontières confessionnelles. Tous deux gardent leur appartenance confessionnelle, mais ils s’engagent également dans la vie, les célébrations et les activités de l’Église de leur conjoint.

À l’origine, c’est un intérêt commun pour les questions relatives aux pays en développement qui nous a réunis lors d’une rencontre œcuménique locale organisée par Joy. En ce temps-là, plusieurs de nos Églises nationales travaillaient ensemble à l’étranger, mais à l’intérieur du pays c’était les divisions entre les dénominations qui frappaient l’esprit des gens. Lors de cette rencontre, Joy représentait l’Église unie du Canada dans laquelle elle avait grandi, alors qu’Édouard, élevé dans la religion catholique, était venu à la demande de son évêque. De cette première rencontre, Joy garde le souvenir du sourire conquérant et de l’enthousiasme d’Édouard, alors qu’Édouard a été impressionné par les qualités de chef et la chaleur de Joy qui présidait la réunion! À cette époque, nous avions une carrière professionnelle réussie et des engagements personnels satisfaisants. Après cette première rencontre, nous sommes restés en contact à travers divers projets communautaires. Éventuellement, nos sentiments l’un pour l’autre ont évolué!

Quelque temps plus tard, nous nous sommes fiancés dans une petite église anglicane située dans le port de Peggy’s Cove, romantique village côtier de la Nouvelle-Écosse. En évidence dans le sanctuaire se trouvent deux murales par le peintre de renom William DeGarthe. À gauche, on est emporté par la panique de la tempête sur la mer de Galilée, alors qu’à droite, Jésus apaise la mer. Le parallèle entre ces panoramas marins et notre vie a profondément ému Édouard, car il envisageait notre vie commune entre ces deux extrêmes. Parce qu’on dit que « les mariages de décembre sont faits au ciel », nous nous sommes mariés dans une féerie hivernale de neige floconnante, de brume magique et de glace scintillante au bord des chutes du Niagara au puissant grondement. Le prêtre catholique invité par Édouard et le pasteur de l’Église unie de Joy, qui demeurait à 1 000 kilomètres de là, ont béni le couple et reçu leurs promesses de mariage.

Avant de prendre la décision de nous marier, nous étions bien conscients des nombreuses différences entre nos communautés ecclésiales, alors que, dans tous les autres aspects de notre vie, nous étions heureux et il n’y avait pas de division entre nous. Pour ce qui est de l’hospitalité eucharistique, une parole de l’abbé Charles Gagné nous a réchauffé le coeur. Il nous a dit que cette décision était une affaire de conscience entre Dieu et nous. Les directives pastorales pour le partage sacramentel publié récemment par le diocèse catholique de Maitland-Newcastle, Australie, et approuvées par Rome, montrent aussi une certaine sensibilité : « La pratique traditionnelle de l’Église catholique est de ne pas refuser la communion à ceux qui se présentent pour la recevoir… La réception de la communion ne devrait faire l’objet ni d’une interdiction explicite ni d’une invitation explicite, particulièrement lorsque des chrétiens d’autres dénominations sont présents. » [1] Au cours des années, chacun de nous a trouvé plus important de célébrer ensemble que de nous focaliser sur nos différences.

À chaque rencontre internationale des foyers interconfessionnels, nous avons vécu des moments extraordinaires. C’est à Navan, Irlande, que nous avons eu l’occasion de participer pour la première fois à ce genre de rassemblement. En plus des « yeux souriants » des Irlandais, ce qui nous a impressionné, c’est la réplique assurée d’une adolescente britannique au commentaire d’un évêque qu’un enfant qui participait aux églises des deux parents deviendrait désorienté : « Excusez-moi, monsieur, a-t-elle dit, vous ne dites pas si vous connaissez un tel enfant. Je suis une ado de famille interconfessionnelle et je ne me sens pas désorientée – je sens plutôt de l’amour dans chacune de mes églises. » Lors de la même rencontre, le père George Kilcourse, du Collège Bellarmin, aux États-Unis, a introduit le concept du « regard détourné » que les prêtres pourraient utiliser au moment de la communion. Il a aussi qualifié la réalité des foyers mixtes d’« église de maison » où les parents assument la responsabilité de nourrir la foi de leurs enfants.

Le premier rassemblement international de foyers mixtes anglophones, francophones, germanophones et italophones de douze pays a eu lieu au siège du Conseil œcuménique des Églises à Genève en juillet 1998. Parlant de l’hospitalité eucharistique, le secrétaire-général, le pasteur Konrad Raiser, envisageait une table de communion étendue, autour de laquelle tous seraient accueillis et assis confortablement. À la fin de la rencontre, nous avons visité divers lieux de la ville – l’église de Martin Luther et, ce qui revêtait une signification spéciale pour nous, le magnifique Mur des Réformateurs – un mur de granit sur lequel sont gravés les noms des réformateurs avec, devant, des statues représentant les quatre grands Réformateurs. Cette expérience nous a aidés tous les deux à comprendre l’origine de plusieurs Églises chrétiennes!

Les enfants ont besoin d’être soutenus dans leurs aspirations parce que, comme les adultes, ils recherchent une expression de foi plus authentique. La déclaration finale de la rencontre de Genève cite un jeune : « Nous avons besoin d’actes, pas de paroles. Nous souhaitons être confirmés comme chrétiens, et non comme membres d’une dénomination particulière. Nous sommes tous différents, et il faudrait presque inventer une dénomination pour chacun… Nous rêvons d’une seule Église qui accueillerait tous les individus. N’ayons pas peur des changements, Dieu est à nos côtés. C’est nous qui prendrons les décisions dans les Églises à l’avenir. » [2]

La rencontre d’Edmonton, en 2001, a été un événement excitant pour les Canadiens et les familles venues de six autres pays. Nous avons apprécié les talents d’organisateurs des Temmerman et de leurs adjoints. Nous avons reçu une excellente direction et des amitiés se sont approfondies. C’était la première occasion que les Canadiens avaient de se réunir. Un papa est venu en voiture de Montréal à Edmonton, une distance de 6 000 km, avec quatre filles âgées de 6 à 18 ans. La maman était arrivée avant eux en avion et a eu le plaisir d’assister à leur joyeuse arrivée! Le cardinal Marc Ouellet, PSS, actuel archevêque de Québec, était l’un des conférenciers. Frère Gilles Bourdeau, ofm, alors directeur du Centre canadien d’œcuménisme, assurait les services pastoraux et il nous a adressé la parole.

Le premier soir, après la prière, les plus jeunes enfants nous ont conduits jusqu’à un feu de camp en tirant un petit chariot rouge portant un pont miniature symbolique fait à la main. Nous chantions avec enthousiasme « Marche avec moi, je marcherai avec toi, pour construire la terre que Dieu a voulue, par où brille l’amour. » [*] et « Construis un pont parce que tu aimes et que tu t’intéresses vraiment, traverse-le, tiens-toi là debout avec ton voisin… Un pont est difficile à construire… » ( compositeur inconnu ).

Les adolescents de foyers interconfessionnels ont soulevé les applaudissements des participants lors du deuxième rassemblement international au sud de Rome, sur le lac Albano en face de Castel Gandolfo. Ils avaient participé à un programme stimulant, en parallèle avec celui des adultes, avec une vigile de prière pour l’unité des chrétiens qui a duré toute la nuit. L’apothéose a été une présentation de chants et de danses qui montrait qu’ils avaient conscience que l’AMOUR est le bien suprême. C’est là aussi que le chanoine Martin Reardon a partagé ce que ses enfants avaient dit aux Églises : « Ce n’est pas nous qui sommes désorientés en refusant de choisir une Église ou l’autre, c’est vous et les générations précédentes qui avez été désorientés en créant la division des Églises et en la perpétuant. Le Christ ne voulait qu’une seule Église. » Nous gardons un merveilleux souvenir de l’invitation de la délégation suisse à entrer dans une danse liturgique. Quel beau moment de partage et de louange!

Et en 2005, à Newcastle, Australie, le thème était : « Partageons notre rêve avec l’autre hémisphère – la joie, l’amour, l’acceptation – à la manière australienne! ». Les organisateurs et animateurs de la rencontre étaient des œcuménistes engagés et des amis de l’Association des foyers mixtes ( AIF ). Ils apportaient à tous les participants leur compréhension, leur douceur et des défis. Des indigènes awabakals nous ont accueillis avec une bougie et un bouquet de fleurs du pays. Notre prière commune s’est ouverte sur ces mots : « Venez dans ce lieu de foi, frères et soeurs, car la terre est le séjour de Dieu. » [3] Lors des moments de présentations et de contemplation nous avons pu revoir, élargir et personnaliser les articles du document de Rome sur Les foyers interconfessionnels et l’unité chrétienne qui présente, de manière succincte, des informations pertinentes sur les foyers interconfessionnels. Nous vous le recommandons fortement ainsi qu’aux dirigeants d’Églises et leurs congrégations.

On nous a décrit comme des pionniers formés par les différences entre nos Églises. Nous vivons avec cette tension parce que l’unité que nous connaissons en tant que chrétiens est divisée par les Églises institutionnelles qui ont mené le débat. Au-delà de ces considérations, il y a un appel intérieur à approfondir notre maturité spirituelle. Une image de l’Alliance décrit ce qu’éprouvent certains d’entre nous. La relation profonde entre Dieu et nous est dynamique et nous fait sentir que la réconciliation est possible. Cette qualité persistante vient de l’Esprit qui nous réconforte, nous dérange et nous encourage. Plutôt que chercher une identité ecclésiale, nous devrions en venir à dialoguer à travers notre partage de spiritualité et de foi.

Était-ce coïncidence ou intervention divine si le site de la conférence était l’hôtel Noah’s on the Beach ( Noé sur la plage )? Serait-ce le plan divin si nous, comme Noé, sommes convoqués à entendre et à agir selon la volonté de Dieu? Si nous vivons comme Dieu le veut, nous devons écouter avec l’oreille de notre coeur.

Notre situation privilégiée

Nous avons eu la bonne fortune de découvrir, à notre arrivée à Pointe-Claire, la communauté chrétienne église unie St John et mission catholique Saint-Édouard-le-Confesseur. Célébrer sous le même toit nous aide dans notre développement chrétien, accroît notre tolérance envers les différentes traditions et nous rend conscients de ce qui nous unit plutôt que de ce qui nous divise et nous fournit des occasions de travailler œcuméniquement avec nos voisins. Ce que nous disait l’abbé Philippe Thibodeau, ancien directeur du Centre canadien d’œcuménisme, « Vous ne devriez faire seuls que ce que vous ne pouvez pas faire ensemble », nous encourage à rechercher ces occasions.

Dans chacune des traditions de foi nous sommes influencés par des amitiés, l’engagement actif et le culte dominical ( hymnes, lectures bibliques, homélie et prière ) et leur pertinence en regard de notre cheminement de foi ainsi que par la vigueur de la
communauté. Notre spiritualité commune reflète très bien notre vie spirituelle privée. Nous avons toujours été plus à l’aise en priant chacun à notre manière, et nous prions ensemble au cours de la journée. La plupart du temps, notre prière est une louange pour les nombreuses bénédictions de Dieu et des demandes pour que Dieu guide et ait compassion de ceux de nos proches qui ont des combats à vivre. La présence d’Édouard au bureau de direction du Centre canadien d’œcuménisme et l’implication de Joy au comité de mission d’aide mondiale World Outreach, qui s’est donné le surnom de « Bande de l’espoir », sont stimulants.

Les cinq membres de la famille salvadorienne que nous avons adoptée sont des catholiques pratiquants. En 1985, les parents avaient fui une terrible situation dans leur pays. Ils avaient laissé leur fils de six ans auprès de sa grand-mère, de crainte qu’il ne soit enlevé en route et vendu comme orphelin. Afin de gagner de l’argent pour retourner le voir, Marina a travaillé dans un élevage de champignons. Au moment de son deuxième voyage, les questions juridiques avaient progressé au point qu’il a pu l’accompagner au Canada. Peu après, leur deuxième fils est arrivé prématurément dans un hôpital canadien moderne où lui et sa maman ont pu recevoir les soins nécessaires.

De plus, nous avons la chance d’avoir une filleule « interconfessionnelle », Victoria, dont la « double appartenance » était évidente lors de la célébration conjointe de son baptême par le prêtre local et le pasteur de l’Église unie. La cérémonie a eu lieu entre la messe et le culte régulier. En plus de leurs familles élargies, les amis de chaque communauté ecclésiale ont loué, chanté et accueilli l’arrivée dans le monde de notre nouvelle petite chrétienne! Puisque l’« événement » suivant qui allait avoir de l’importance pour l’Église catholique était la première communion, elle a participé à cette préparation. Au moment de la confirmation, elle a choisi de se joindre à ses amis protestants pour l’étude et l’engagement. Elle se sent la bienvenue dans les deux églises et aura éventuellement d’autres décisions importantes à prendre. Nourrir sa foi est beaucoup plus important que l’« adhésion ». Sa soeur cadette a été baptisée quelques années plus tard lors d’un service œcuménique, mais a décidé de ne pas assister au cours de préparation à la première communion. Certains amis de foyers interconfessionnels ont parfois connu le rejet, au début, mais, au lieu de se décourager, ils ont continué dans la même voie avec des prêtres ou des pasteurs et, à l’occasion, l’évêque. D’ordinaire un compromis satisfaisant est atteint.

L’histoire de nos familles révèle que l’Église a exercé une influence sur la vie de nos ancêtres. Vers 1644, la famille huguenote d’Isaac Bédard, l’ancêtre d’Édouard, en venant de France en Nouvelle-France, a dû abjurer sa religion avant de s’embarquer afin de pouvoir s’établir dans le nouveau monde. Beaucoup plus tard, le papa de Joy a dû se priver de la présence de sa mère lors de son mariage, parce qu’à l’époque il était catholique et qu’il épousait une protestante. Le prêtre avait demandé à sa mère de ne pas assister au mariage et, par respect pour son Église, elle était restée tristement à la maison pendant le mariage de son fils. Quelle douleur pour tous, y compris la nouvelle épouse qui n’avait jamais imaginé une telle chose!

L’Église unie du Canada a été formée il y a quatre-vingts ans par la fusion de trois communautés ecclésiales : les congrégationalistes, les méthodistes et quelques presbytériens. La grand-mère de Joy, une veuve avec trois jeunes enfants, a dû faire face à la pénible décision de quitter l’Église où elle était née et qui était celle de plusieurs voisins pour suivre dans la foi une vision unifiante. À notre avis, l’Église unie tend à se voir à la pointe des problèmes plutôt qu’au repos dans une position confortable. Ce n’est pas toujours facile! La première priorité est « la recherche de la justice envers les créatures de Dieu et la guérison de la création de Dieu » et « s’unir avec d’autres personnes de bonne volonté à la recherche de la justice, de l’intégrité et de l’amour » [4]. Sa focalisation sur la présence de Dieu dans le monde, son engagement dynamique dans les questions sociales contemporaines et son accueil chaleureux pour tous à la table de communion sont des aspects attrayants de cette vivante dénomination chrétienne.

Une foi vivante prend forme dans la vie d’êtres humains. Elle nous offre l’occasion de focaliser sur les enfants de Dieu et de construire des liens véritables avec les peuples des pays en développement, afin de continuer l’alliance de Dieu avec tous. Plus récemment, cela a signifié rencontrer et établir des liens avec nos voisins musulmans dans la communauté ainsi que participer à un programme de partenariat avec des familles et des enfants du tiers-monde, afin de soulager leurs souffrances causées par l’épidémie de sida.

L’éducation d’Édouard dans la religion catholique lui offre la stabilité de la tradition, l’importance de la vie sacramentelle et la fraîcheur de la pensée et de la mise en oeuvre de Vatican II. L’Église catholique étant universelle par nature, la mission d’aide au tiers-monde y est aussi vitale. Édouard a fait pendant plusieurs années l’expérience de vivre et de travailler en partenariat avec des pays en développement.

Les possibilités de l’internet ont été habilement exploitées à l’avantage de milliers de personnes à travers le monde. Le site de l’association des foyers interconfessionnels – www.interchurchfamilies.org – a été fondé et est maintenu à partir de Winnipeg par Fenella et Ray Temmerman à qui nous exprimons notre appréciation. Grâce à la liste de discussion, les membres de l’association et les personnes intéressées à approfondir des questions d’intérêt où simplement à établir des contacts peuvent communiquer instantanément entre elles. De Tim, à Singapour, aux membres d’autres pays, les échanges sont profonds et actuels. À travers les contacts interconfessionnels, nous avons pris conscience des dialogues bilatéraux entre communautés ecclésiales. Les discussions entre luthériens et anglicans sont fructueuses. Cependant, dans le cas d’autres dialogues, la diffusion d’études de valeur, les avancées et les décisions semblent limitées.

Ces efforts continus posent certaines questions. Comment établir les calendriers afin d’assurer un progrès visible et des résultats positifs? Comment gérer l’accès à des publications importantes et maintenir les communications avec la base?

L’évêque Graeme Rutherford, du diocès anglican de Maitland-Newcastle, Australie, voyait juste quand il disait : « Le temps est venu de parler moins et de remercier davantage. » Il a aussi parlé de l’immense sentiment d’amour ressenti dans la salle de réunion au bord de la mer – à tel point qu’il voulait retourner à la maison embrasser sa femme! Mgr Malone, l’évêque catholique, a été impressionné lui aussi – mais que pouvait-il faire? Il ne pouvait pas retourner à la maison embrasser sa femme et il ne pouvait pas davantage embrasser Mme Rutherford! Quels moments joyeux et quels liens véritables se forment rapidement lorsque l’Esprit est présent!

Soin pastoral et compréhension

Les conjoints de foyers interconfessionnels devraient être accueillis et respectés pour ce qu’ils sont, et non pas être tenus à l’écart comme une espèce étrangère ou encore submergés de demandes comme s’ils étaient des experts en œcuménisme. Chaque fois que cela est possible, les pasteurs des deux communautés de foi devraient les rencontrer ensemble et s’occuper conjointement du soin pastoral. L’expérience a démontré que lorsque cela se produit, cela ne profite pas seulement aux familles, mais aussi aux relations œcuméniques entre les deux pasteurs.

C’est un avantage évident pour les fiancés lorsque l’essentiel de leur préparation au mariage est organisé conjointement par deux Églises locales travaillant ensemble. En conjuguant leurs efforts, elles mettent à profit l’expérience de laïcs et de ministres qui peuvent profiter de leurs compétences respectives. En certains endroits, les foyers mixtes s’investissent dans cette préparation au mariage.

De nombreux parents de foyers mixtes ( et leurs enfants pendant leur croissance ) souhaitent que ces étapes soient vécues autant que possible comme des événements œcuméniques au cours desquels les deux Églises pourraient avoir un rôle bien identifiable. Ils savent qu’il y a déjà une communion ( koinonia ) partielle entre leurs deux Églises et espèrent que de leur vivant cela progressera vers une pleine communion. « L’une des évolutions les plus encourageantes de ces dernières années pour les foyers mixtes a été l’acceptation de plus en plus fréquente de ministres de toutes confessions de participer ensemble à des mariages interconfessionnels. ( … ) Les funérailles sont également des occasions desquelles, les foyers mixtes ont profondément besoin que les ministres et leurs deux communautés soient rassemblés pour rendre grâce pour la vie du conjoint ou parent qui s’est éteint, pour le confier à Dieu et pour soutenir ceux qui restent. » [5]

Le fait que l’Église catholique n’autorise la réception de l’eucharistie par les chrétiens d’autres Églises que « de façon exceptionnelle et à certaines conditions » [6] nous est une cause de souffrance en tant que foyer interconfessionnel. Nous ressentons sérieusement le besoin de partager l’eucharistie chaque fois que nous participons à la messe ensemble. Nous avons tous les deux été baptisés dans la foi chrétienne et, de plus, notre unité a été scellée par le sacrement de mariage. Nous avons besoin de témoigner de notre unité en communiant ensemble. Vous trouverez, sur le site web de l’association canadienne, un article ( en anglais ) sur les récents développements en matière de partage eucharistique par un ami, le père Ernest Falardeau, prêtre américain qui accompagne les foyers interconfessionnels à travers le monde.

Parmi les articles à débattre au synode d’octobre 2005 sur l’Eucharistie, on retrouve l’intercommunion et l’hospitalité eucharistique. Dans le rapport préliminaire avant le synode, le cardinal Scola écrit : « Ne pas pouvoir accéder à la concélébration eucharistique ni à la communion eucharistique de la part des chrétiens de différentes Églises et communautés ecclésiales, et le caractère exceptionnel de l’hospitalité eucharistique, ne peuvent être seulement une source de douleur; elles doivent plutôt représenter une incitation permanente à l’approfondissement continu et commun du mysterium fidei qui exige, de la part de tous les chrétiens, l’unité dans l’intégrale profession de foi. » [7]

Il y a des richesses à découvrir! Nous désirons être guidés dans nos efforts pour aider de nouvelles familles, établir des liens, assurer notre crédibilité et trouver des appuis. Les foyers interconfessionnels sont peu visibles dans les Églises institutionnalisées, parce qu’ils s’adaptent visiblement, gardant pour eux leurs sujets d’irritation et d’inconfort. Malgré les efforts de chacun des époux pour conserver des liens actifs avec sa propre communauté ecclésiale, ils ne sont plus perçus comme appartenant « authentiquement » à leur Église respective. C’est le syndrome de « la cheville carrée dans un trou rond ». Elle n’est pas dans la norme. La souffrance est intolérable et ils peuvent alors tendre vers une seule dénomination ou, ce qui est plus fréquent, vers aucune. Ainsi, un des époux risque de perdre sa connexion intime avec les pratiques de son Église et de se voir imposer des éléments étrangers. La famille élargie en est grandement affectée parce qu’elle ressent un même sentiment de perte.

En tant que couple interconfessionnel, il ne nous est pas toujours facile de justifier certaines choses. Les discussions et dialogues continus nous affectent et nous peinent, mais nous les poursuivons comme moyen d’approfondir notre amour l’un pour l’autre et pour Dieu. Nous espérons que notre expérience contribuera à la vision œcuménique de l’avenir. Nous prions pour que nous puissions « devenir à la fois un signe d’Unité et un moyen pour avancer vers l’Unité. Nous croyons que les foyers mixtes peuvent former un tissu conjonctif qui aide, modestement, nos Eglises à constituer ensemble l’unique Corps du Christ. » [5]

L’Association canadienne

Notre engagement interconfessionnel s’exerce au plan local, national et international. Au plan local, c’est à l’initiative du père Thomas Ryan, ancien directeur du Centre canadien d’œcuménisme à Montréal, que les familles se sont rencontrées et ont forgé des liens. Il a aussi parcouru le Canada, à travers le réseau des centres œcuméniques, dans le but d’éveiller les familles à la possibilité de célébrer leur « interconfessionnalité »

Le père Ryan a été suivi de notre ambassadrice britannique – Ellen Bard, une adolescente venant d’un foyer interconfessionnel. Elle a financé son voyage grâce à des petits boulots après l’école et à l’aide de ses deux évêques. En plus de vivre dans un foyer interconfessionnel, elle a fait des recherches et présenté un article sur le sujet dans un de ses cours. Ellen a eu des rencontres informelles avec des familles de Montréal à Saskatoon. Ce sont ces mêmes personnes qui ont proposé que le Canada soit l’hôte de la conférence internationale des foyers mixtes en 2001. C’est ainsi que des personnes de tous âges ont vécu une rencontre extraordinaire à Edmonton!

Grâce aux efforts infatigables de nos amis en France et en Angleterre, nous avons pu créer l’Association des foyers mixtes et forger des liens internationaux. Ces gens sont devenus des guides pour les autres. Ils ont cherché avec assiduité les moindres graines d’espoir et gardé le contact avec ceux qui pouvaient discuter et examiner des motifs d’encouragement.

Un couple anglais, Ruth et Martin Reardon, se sont rencontrés à l’Université Catholique de Louvain où Ruth terminait sa thèse doctorale en théologie. Martin, qui était prêtre anglican, est arrivé au bon moment! Ruth possédait une foi profonde, une grande prévoyance et des dons d’analyse en plus d’une plume puissante et d’un sourire lumineux dont elle pouvait se servir adroitement pour éclairer une salle remplie de théologiens. Martin avait des talents de diplomate, une foi profonde, des amis influents et beaucoup de patience. En 1968, ils fondaient l’Association of Interchurch Families conjointement avec le père John Coventry s.j. Travaillant en étroite association avec Churches Together in England, ils ont publié plus tard Churches Together in Marriage: Pastoral care of Interchurch Families. [8]

Le père René Beaupère a travaillé inlassablement pendant des années au Centre Saint Irénée de Lyon qui publie la revue Foyers Mixtes, ressource inappréciable pour la pastorale des foyers interconfessionnels. [9] En Allemagne, Rosemarie et Rudolf Lauber sont engagés activement depuis plusieurs années. Nous avons des représentants à Singapour, en Suisse, en Allemagne, en Suède, en France, en Autriche, en Italie, aux États-Unis, en Irlande, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Écosse, au Kenya et au Canada. Ce fut pour nous un privilège de recevoir plusieurs amis de foyers interconfessionnels et de bénéficier de leur charme, de leur vision et de leur enthousiasme ainsi que de leurs expériences.

Nous croyons fermement que notre vocation est d’éveiller les consciences aux questions auxquelles les familles interconfessionnelles sont confrontées et de soutenir ceux qui souffrent de nos divisions. La Canadian Association of Interchurch Families, fondée en 1996, offre un réseau de soutien pour les conjoints et leurs enfants en période de croissance ainsi qu’un service d’information pour tous ceux qui ont leur bien-être à coeur.

• Vous demandez-vous où aura lieu votre cérémonie de mariage?
• Comment baptiser et élever nos enfants ensemble?
• Comment prier et célébrer ensemble?
• Pourrons-nous jamais communier ensemble?

Si vous désirez discuter de ces questions, vous pouvez communiquer avec un foyer interconfessionnel près de chez vous. On trouve des groupes actifs à Montréal, Winnipeg, Saskatoon, Regina, Calgary et Edmonton. Il y a des associations et des personnes dévouées dans plus de douze pays, reliées entre elles par l’espoir et par l’internet.

Références :

1. Real Yet Imperfect, guide pastoral pour le partage sacramentel, version condensée du document Ecumenical and Interfaith Relations within the Catholic Diocese of Maitland-Newcastle, Australie, 2001,

2. Les jeunes, Message finale du rassemblement internationale des Foyers Mixtes, Genève 1998.

3. Prayers for Life’s Particular Moments, Dorothy McRae-McMahon, SPCK, Londres, 2001.

4. That We May Know Each Other, 2003, citation du préambule de Mending The World, document de l’Église unie du Canada.

5. Les foyers interconfessionnels et l’unité chrétienne, document adopté par le deuxième Rassemblement Mondial des Foyers Mixtes à Rome, juillet
2003.

6. Note de l’épiscopat français sur le Directoire pour l’application des principes et des normes sur l’œcuménisme, 1993.

7. Intercommunion : Synode sur l’Eucharistie, Rapport avant le débat général, cardinal Angelo Scola, Vatican, Octobre 2005.

8. Churches Together In Marriage: Pastoral Care of Interchurch Families, publication de Churches Together in England & CYTUN (Churches Together in Wales), 1994.

9. Foyers Mixtes, Bulletin Trimestriel international, 38ème année de publication, aussi : [www.foyersmixtes.org/index.php3]

* Voices United, hymnaire de l’Église unie du Canada, 1996, p. 649

Ressources :

Association of Interchurch Families
, Fax: 020 7654 7222

Stories of Interchurch Families, Interchurch Families Association, Brisbane, Australia,

Canadian Association of Interchurch Families
ressource indispensable pour les publications, les contacts et la liste de diffusion

• Falardeau, Ernest SSS: Eucharistic Sharing: Recent developments

Pour nous rejoindre :

• Joy et Édouard Bédard
téléphone : 514-630-0055, télec : 514-630-9739, courriel :

Centre canadien d’œcuménisme
courriel :

Capsules :

• Un foyer interconfessionnel est celui où deux époux croyants sont unis au-delà des frontières confessionnelles.
• Célébrer sous le même toit nous aide dans notre développement chrétien, accroît notre tolérance envers les différentes traditions et nous rend conscients de ce qui nous unit plutôt que de ce qui nous divise et nous fournit des occasions de travailler œcuméniquement avec nos voisins.
• Chaque fois que cela est possible, les pasteurs des deux communautés de foi devraient rencontrer ensemble les couples interconfessionnels et s’occuper conjointement du soin pastoral.

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